Premier emploi signifie nécessairement absence d’expérience. Comment surmonter cette difficulté qui inquiète les jeunes candidats ? Guillaume Caes : En réalité, les jeunes demandeurs d’emploi ne sont jamais sans expérience. Ils ont, au cours de leur vie (scolarité, vie associative, loisirs... ) fait des rencontres, pris des décisions, entrepris des actions qui leur ont forgé une expérience personnelle. Cette expérience là, même si elle n’est pas professionnelle est un atout indiscutable pour le jeune demandeur d’emploi. Ingrid Calogero : Le jeune qui recherche son premier emploi doit apprendre à faire valoir auprès de l’entreprise, cette expérience personnelle. Il doit pouvoir transférer ses propres compétences au poste qu’il vise. Cela fait l’objet d’une véritable réflexion en amont, pour se connaître et découvrir ses motivations. C’est là que le rôle de conseil de l’ANPE prend toute son ampleur.

Votre rôle, à l’antenne ANPE de Tolbiac est précisément d’aider les jeunes demandeurs d’emploi à établir leur projet professionnel. Comment les préparez-vous ? G.C : L’agence ANPE de Tolbiac propose, et c’est ce qui fait sa spécificité, un suivi particulièrement personnalisé auprès des jeunes de moins de 26 ans. Nous accueillons ici des personnes d’horizons différents, inscrites ou non inscrites, certaines sans aucune qualification, d’autres sur-diplômés, d’autres encore étudiants. Bien sûr, notre travail auprès de chacun d’eux est différencié. Les jeunes qui viennent chez nous pour recevoir de l’aide sont pris en main par un conseiller qui reste leur interlocuteur de manière fixe. Ils conviennent ensemble d’un mode de suivi, sous forme de rendez-vous mensuels (entretien de suivi mensuel personnalisé) ou hebdomadaires (accompagnement) pour ceux d’entre eux qui semblent les plus éloignés du monde du travail. Et cela, dès le premier mois de leur recherche d’emploi. I.C : Notre mission est d’aider le jeune à établir de façon lucide son projet professionnel. Nous l’aidons, dans un premier temps, à se faire une idée précise de son ambition professionnelle et également à déterminer quels sont les niveaux de formation requis pour y parvenir. Pour cela, il est important d’informer les jeunes suffisamment tôt des perspectives de carrière afin qu’ils puissent effectuer sereinement leur choix professionnel.

Dès le lycée ? I.C : Oui, nous travaillons en relation étroite avec le CIDJ ainsi qu’avec le CROUS ; et nous avons pour objectif de multiplier les interventions directes dans les classes de lycées et les universités pour aller au devant des jeunes, avant qu’ils ne soient encore fixés sur un choix de carrière. G.C : C’est un moyen très efficace de leur faire prendre conscience des quantités d’opportunités qui s’offrent à eux, sans qu’ils le sachent toujours ...

Selon quels critères proposez-vous certains types de postes à certains jeunes demandeurs de premier emploi ? G.C : L’ANPE est là pour offrir aux jeunes une technique de recherche d’emploi. En fonction de la situation du jeune, le conseiller adapte, propose. Il privilégie lorsque cela est possible, la mise en place de contrat en alternance. Lorsque cela n’est pas envisageable, il existe de nombreuses aides diversifiées suivant les structures.

Comment fonctionnent les contrats en alternance et quel public concernent-ils ? I.C : L’alternance se divise en deux branches : • Les contrats de professionnalisation qui proposent une qualification professionnelle reconnue • Les contrats d’apprentissage qui délivrent, généralement en 2 ans, un diplôme reconnu par l’Education Nationale dans des secteurs d’activité très variés. Il est important de rappeler que l’on peut intégrer une école d’apprentissage à tout stade de sa formation (du CAP au Master) ; l’alternance ne concerne pas uniquement les jeunes sans diplôme, puisque, selon les chiffres 2006-2007, ils étaient, dans les établissements d’alternance, 43 % à être titulaires d’un bac ou de diplômes supérieurs au bac. G.C : Tous les secteurs professionnels se mettent peu à peu à l’alternance même si ces contrats concernent davantage certains types de professions comme l’hôtellerie/restauration (20 % des contrats d’alternance établis le sont dans cette branche), le bâtiment ou encore le commerce. De plus en plus, les entreprises ont pris conscience des opportunités de ce type de contrat et elles recrutent des jeunes en alternance. Cette tendance s’affirme aujourd’hui de façon forte dans des entreprises de taille conséquente – au-delà de 200 salariés. I.C : Rappelons, ce qui est tout à fait essentiel, que lorsqu’il y a contrat d’alternance entre un jeune et une entreprise, il y a contrat de travail. Rechercher un contrat d’apprentissage, c’est rechercher un emploi. Il faut s’y préparer en sachant ce que l’on désire, si l’on veut voir sa candidature retenue.

L’alternance semble avoir beaucoup d’atouts : elle présente des avantages tant pour le jeune formé que pour l’entreprise formatrice... I.C : En effet, et c’est ce qui fait son succès ; pour le jeune, le principal avantage est d’acquérir, en même temps qu’une formation théorique, les éléments pratiques indispensables à la réalisation de son projet professionnel. En général, avoir suivi un cursus en alternance permet de trouver plus facilement un emploi et parfois même de profiter d’une progression professionnelle plus rapide au sein de l’entreprise. G.C : Et pour l’entreprise, il est intéressant d’accueillir un jeune dont la formation, encore incomplète, se modèlera sur la culture de l’entreprise. Cela dans l’objectif final d’une embauche. L’employé est alors parfaitement adapté à l’entreprise qu’il a rejointe.

L’image de l’alternance est en train de se modifier. Quels éléments pouvez-vous apporter pour valoriser son image de marque auprès d’étudiants issus de longs cursus classiques ? G.C : Comme vous le soulignez, l’image de l’alternance se modifie, elle se valorise ; nous nous efforçons de proposer, par le biais de partenaires de l’ANPE, des formations accessibles et spécialisées pour ces étudiants dont le cursus, très théorique manque de qualification professionnelle et ainsi de débouchés. Pour exemple, le système ELSA permet, en partenariat avec le CNAM et Sciences-Po, d’offrir aux étudiants en sciences humaines – diplômés de Bac + 4 ou plus, de suivre une formation spécifique en vue d’intégrer une entreprise. Il s’agit de dispenser des modules d’enseignement en fonction des connaissances de ces étudiants pour compléter leur formation sur des points précis (secteur juridique, RH...). I.C : Et de leur permettre ainsi de trouver plus aisément un poste à la hauteur de leur qualification.

Décrocher un emploi ou un contrat en alternance dépend bien sûr de la réussite de son premier entretien d’embauche. Comment mettre toutes les chances de son côté ? I.C : Aujourd’hui, l’approche diplôme est devenue insuffisante. Elle doit être complétée par une approche « secteur d’activité ». Le jeune, à la recherche de son premier emploi doit s’être, préalablement à son entretien, posé les bonnes questions, à savoir : « pourquoi ce métier ? Qu’est ce qui me plairait dans ce secteur d’activité ? » G.C : Les entreprises apprécient tout particulièrement les jeunes qui se sont intéressés à leur activité, qui font preuve de curiosité à l’égard du poste proposé, qui sont motivés et dynamiques. Cela est très révélateur de la mentalité du candidat.

Là encore, votre rôle est de les guider G.C : Oui, nous leur proposons une méthodologie d’enquête (questionnement, bilan) pour préparer au mieux leur entretien dans une démarche active. I.C : À la manière d’un coach, nous dirigeons des ateliers en groupe au cours desquels les jeunes peuvent échanger leurs impressions, bénéficier de l’impulsion des autres et améliorer leur technique de rédaction de lettres de motivation. G.C : Et, plus que tout, nous leur rappelons que c’est leur attitude qui fera la différence lors de l’entretien, leur motivation et la confiance qu’ils auront sue acquérir grâce à la préparation scrupuleuse de leur projet professionnel. Cela est d’autant plus crucial que le poste qu’ils ambitionnent est un poste à responsabilités.

Justement à propos des postes à responsabilités, certains candidats souhaitent obtenir un poste qui leur est potentiellement inaccessible, du moins dans un premier temps. Avez-vous des conseils à leur prodiguer ? G.C : Il arrive fréquemment, en effet que certains candidats à un premier emploi ambitionnent un poste qui n’est pas, dans l’immédiat, compatible avec leur formation ou leurs qualités. La réalité de l’emploi, il est bon de le souligner, ne permet pas toujours d’obtenir immédiatement un poste à responsabilités. Il faut donc apprendre à accepter un poste moindre dans la perspective d’une évolution de carrière ; c’est une stratégie répandue. I.C : L’enquête préalable est souvent l’occasion de se débarrasser de ses idées reçues ; certain poste qui paraissait idéal s’avère ne pas répondre aux attentes que l’on s’en faisait et inversement d’autres postes, moins désirés, adhèrent parfaitement au profil du candidat.

Il semble donc que les pistes soient nombreuses et les aides efficaces ! Le mot de la fin ... I.C : La construction d’un projet professionnel est fondamentale, c’est la clef de la réussite ; il faut savoir où l’on veut aller. G.C : Le manque d’expérience professionnelle n’est pas un handicap majeur. Toutes les expériences sont des atouts potentiels à l’obtention du premier emploi... dès lors que l’on sait les exploiter !